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Aujourd'hui : où en sont les journaux gratuits ?

Le gratuit a du bon. La presse d'information gratuite connait toujours un franc succès auprès des lecteurs. Souvent accusée de mille maux, qualité médiocre de l'information, concurrente déloyale, elle tient bon. « Pratique et brève », d'après Frédéric Legrand, journaliste à 20 minutes Marseille, la presse gratuite d'information permet de s'informer rapidement sur les évènements locaux, nationaux et mondiaux. Selon une étude menée par le CSMP (Conseil Ssupérieur des Messageries de Presse) pour l'année 2007, le chiffre d'affaires de la presse gratuite d'information générale s'élève à 1139 milliards d'euros (pour VillePlus, Metro, 20 minutes, Direct Matin et Direct Soir).

"Aujourd'hui, deux grands groupes, COMAREG et SPIR se partagent le marché de la presse gratuite en France. Presse généraliste ou spécialisée, elle prend réellement de l'assurance, de la valeur auprès du public, trois ans seulement après son irruption brutale dans le paysage français."

Son succès aujourd'hui ?

Un maître mot : être proche des gens ! « Nous travaillons avec un vrai contrat de lecture afin de remonter le niveau et de devenir indispensables », explique Valérie Decamp, ex-directrice générale de Metro. En effet tous les gratuits s'attachent à adresser leurs papiers à une cible bien précise, en opposition aux journaux payants qui restent beaucoup plus généralistes et souvent qualifiés de « vieillissants ». « La presse gratuite se remet au niveau des gens. Nous souhaitons toucher le grand public. C'est pour cela que nous devons rester humbles », confie Jean-Baptiste Giraud, ex-directeur de la rédaction d'économie Matin.

De l'avis d'Emmanuelle Kalfor journaliste pour tarifmedia.com : « les gratuits répondent aux attentes des lecteurs par des sujets les concernant, des maquettes dynamiques et colorées. En d'autres termes, on peut dire que les gratuits ont innové aussi bien sur la forme que sur les contenus dans leurs missions d'information et de lien avec la société. ». Des points forts qui ne sont pas négligeables pour espérer gagner, et surtout garder, le coeur des lecteurs. Dans la ligne éditoriale des gratuits on prend en compte « le souci pédagogique, la vulgarisation des informations, l'accessibilité des données, la maîtrise des coûts, la modernité des structures, les suppléments réguliers ainsi que les opérations spéciales... ».

De plus la presse gratuite ne s'arrête pas à l'information générale quotidienne, elle compte en son sein de nombreux magazines : Anous, Citato, fémina, etc... C'est en jouant sur la diversité que ces titres qu'elle s'encrent dans le paysage de la presse française au même titre que les journaux payants.

Une presse plus disponible

De nombreux points de distributions stratégiques, tels que bouches de métro, facultés, bars, qui permettent aux gratuits d'être accessibles à tous. Selon une étude IFOP pour économie Matin, sur 427 personnes, 90% sont des lecteurs de journaux gratuits. Cette presse prend de l'assurance auprès du public, les lecteurs lui font confiance et peuvent la consommer très rapidement. Avec un coeur de cible très jeune, 15-35 ans, les gratuits tentent d'accéder à un tout autre niveau. Ils s'encrent dans une dynamique tout à fait particulière : toucher un public mobile, avec un modèle de diffusion qui va vers le lecteur. économie Matin explique que « son titre est lu régulièrement dans les restaurants, en attendant l'arrivée d'une personne, ou le temps d'un déjeuner ». Les gratuits jouent sur le créneau : « s'informer rapidement sans perdre de temps ». Avec l'apparition d'Internet et du tout gratuit les consommateurs ont de nouvelles attentes. « Les individus s'habituent à un service gratuit comme Internet. Ils recherchent également plus d'interactivité. Nous sommes en train de vivre une mutation des générations qui comptent en priorité sur la gratuité des choses », d'après Nicolas Dupuis de Baby Boy.

Les gratuits aujourd'hui c'est une nouvelle façon de s'informer

« Une information Mcdo », la qualité de l'information dans les journaux gratuits a souvent été critiquée : trop courte, insuffisamment détaillée, choix éditoriaux restreins ... Aujourd'hui la lecture de ces journaux est démocratisée, mais elle est tout à fait différente de celle des journaux payants. On préfère percevoir la presse gratuite comme une source primaire d'information, elle permet de s'informer rapidement et d'aller à l'essentiel. Pour plus de détails le lecteur portera son attention sur des journaux payants, souvent plus complets et diversifiés.

Représentent- ils toujours une menace pour la presse écrite?

« Ce n'est plus vraiment un débat », d'après Fred Legrand journaliste à 20 minutes Marseille. Cette peur était présente à l'arrivée des gratuits sur la marché, seulement aujourd'hui il y à tellement de concurrence au sein même des médias qu'accuser les gratuits d'être le cause de tous les maux des payants serait une grave erreur. En fait ,à l'aube de l'apparition d'internet et de sa vague déferlante tout, tout de suite et maintenant, il serait presque incorrect d'accuser les gratuits d'être la source des ennuis de la presse payante. D'après Fred Legrand les gratuits doivent être utilisés pour mettre en valeur la presse payante, ils doivent être vu comme une vitrine plutôt que comme des concurrents.

Est-ce la gratuité qui va tuer la presse ?

Non, le net n'est pas l'assassin de la presse ! Il pourrait même en être le sauveur, en lui permettant de renaître, régénérée et revitalisée, sous la forme numérique. Ce qui risque par contre de tuer la presse, c'est la gratuité.

Non pas les « gratuits » en eux-mêmes, que le président Sarkozy a récemment chargé de tous les maux de la presse française, mais plutôt le fait que le Web « est tombé dupe de la croyance que l'information doit désormais être gratuite », d'après Walter Isaacson, le patron de Time Magazine (1). Les dégâts qu'a déjà provoquée cette conception naïve et généreuse sont phénoménaux. « Le succès de l'information gratuite, que ce soit sur Internet ou avec la presse gratuite, menace l'équilibre économique des rédactions [...] La presse économique payante est de plus en plus menacée... » constate tristement l'Institut Montaigne dans son rapport sur le sujet (2).

« Car pourquoi payer pour quelque chose que les concurrents offrent gratuitement ? » demande Walter Isaacson , « Je me sentirais complètement crétin de le faire ! ». Les systèmes « à deux vitesses » - une offre gratuite, une offre payante de meilleure qualité (« freemium ») - ont bien du mal à fonctionner, d'autant qu'avec un peu d'astuce on peut retrouver gratuitement via les moteurs de recherche l'article que l'on est supposé payer. Et comme si ça ne suffisait pas, on déniche ici et là dans les recoins du Web des sites de piratage où l'on peut se procurer presque toute la presse payante, papier ou autre ! On ne peut donc pas complètement écarter le risque d'une « Napstérisation » de la presse (du nom du site de musique gratuite, Napster.com, qui a failli "détruire" l'industrie du disque).

Le problème, c'est que l'on voit se dessiner un cercle vicieux implacable : moins la presse papier peut investir dans un journalisme de qualité, moins il y a de lecteurs ; et moins il y a de lecteurs, moins on peut recruter de bonnes plumes et les envoyer aux quatre coins du monde... « Depuis un certain temps, analyse James Surowiecki (2), les lecteurs ont vécu dans le meilleur des deux mondes : ils ont bénéficié de tous les avantages de la presse traditionnelle, bien profitable - reportages très fouillés, rédacteurs excellents et ainsi de suite - mais en payant les frais bas prix de la presse d'aujourd'hui. En fait, cette situation est intenable. Tôt ou tard nous allons en avoir vraiment pour notre argent - et nous allons découvrir combien ça donne droit à peu ! ». Et il conclut : « En d'autres mots, le problème pour les journaux, ce n'est pas l'Internet, c'est nous ! ».

Aujourd'hui : où en sont les journaux gratuits ?